Coupures américaines en recherche : une onde de choc jusqu’au Québec.
Science Presse, Science et politique Isabelle Burgun
27 février 2025
Science Presse, Science et politique Isabelle Burgun
27 février 2025
Pour l’instant toutefois, c’est surtout l’incertitude. « Nous sommes face à une situation complètement imprévisible, les coupures pourraient être renversées légalement, mais Trump dit qu’il ne fera pas », s’alarme le titulaire de la Chaire Unesco sur la science ouverte, Vincent Larivière.
Il souligne aussi que cela nous rappelle notre dépendance au géant américain. Dans les années 1980, il y avait 7% des recherches canadiennes qui étaient publiées avec nos voisins, aujourd’hui, c’est 28%. C’est encore plus fort dans le domaine médical, avec 37%.
Cela donne une bonne idée de notre dépendance « et des répercussions à venir », poursuit-il.
En santé, les coupures annoncées pourraient représenter autour de 4 à 5 milliards de $US. C’est l’équivalent de « l’ensemble des recherches canadiennes ».
Et au-delà du Canada, ça aura un impact sur la recherche mondiale. « Une immense proportion de la science va être ainsi coupée. C’est une forme de censure du contenu et une attaque à la liberté académique », poursuit celui qui est aussi professeur titulaire à l’École de bibliothéconomie et des sciences de l’information de l’Université de Montréal.
On observe d’ores et déjà des thématiques ciblées: outre des mots clés comme « genre », « transgenre » ou « non binaire », on trouve aussi dans les listes qui ont circulé depuis un mois « enceinte », « invalidité », et même « stéréotypes », « socioéconomique », « trauma » ou « victime ». Il y a aussi « femme », « femelle » mais pas « homme » ou « mâle ».
Il faut prévoir d’inévitables dérives idéologiques. Vincent Larivière s’inquiète d’un de ses propres projets, qui s’inscrit dans la recherche en EDI (équité, diversité, inclusion).
« Notre projet, en collaboration avec une équipe américaine, a été sélectionné mais même si on nous accorde la subvention, si on suit la politique mise en place, il va être coupé. Nos collègues américains nous ont demandé de changer le libellé de la recherche mais ce n’est pas possible : il n’y a pas moyen de reformuler ». C’est en plus du fait que ce financement a aussi pour objectif de former des étudiants issus des minorités – près d’une dizaine d’étudiants internationaux.
D’ailleurs, beaucoup des étudiants internationaux vont peut-être y penser à deux fois avant d’aller aux États-Unis. « Beaucoup vont faire un doctorat ou un postdoc aux États-Unis: ça a été ma trajectoire, cette circulation habituelle des cerveaux. »
Ce contenu a été mis à jour le 11 julio 2025 à 13 h 41 min.